Dépôt de garantie : Comment contester les retenues abusives et récupérer votre argent ?

Le dépôt de garantie (ou caution) doit être restitué dans un délai de 1 à 2 mois après la remise des clés. Les retenues ne sont autorisées qu'en présence de dégradations constatées sur l'état des lieux de sortie et justifiées par des factures ou devis. Le locataire dispose de recours efficaces contre les retenues abusives : mise en demeure, pénalité de 10% par mois de retard, Commission de conciliation, et action devant le juge des contentieux de la protection.

Litiges locatifs

5 déc. 2025

Main tenant un bocal avec des billets.
Main tenant un bocal avec des billets.
Main tenant un bocal avec des billets.

Introduction : Le cauchemar de la "caution" qui ne revient pas

Vous venez de quitter votre logement, l'état des lieux de sortie s'est bien passé, vous avez rendu les clés... et puis plus rien. Deux mois passent, trois mois, et votre propriétaire reste injoignable ou vous annonce qu'il garde une grande partie du dépôt de garantie pour "travaux de remise en état".

Ce scénario est malheureusement le conflit n°1 entre bailleurs et locataires. Pourtant, la loi du 6 juillet 1989 encadre strictement les conditions de restitution du dépôt de garantie (terme juridique exact, même si on parle couramment de "caution", qui désigne en réalité le garant).

Le propriétaire ne peut pas garder votre argent sur un simple coup de tête ou pour financer des rénovations qu'il aurait dû faire lui-même. Chaque euro retenu doit être justifié par des preuves concrètes, et le non-respect des délais légaux entraîne des pénalités financières automatiques à votre avantage.

Dans cet article, vous allez découvrir ce que votre propriétaire a réellement le droit de retenir, comment identifier les retenues abusives les plus fréquentes, et surtout la procédure exacte pour récupérer votre argent, y compris avec des pénalités de retard pouvant atteindre plusieurs centaines d'euros.

Ne vous laissez pas intimider : la loi vous protège, et les moyens d'action sont à votre portée.

Ce que le propriétaire a le Droit de retenir (Le cadre légal)

Avant de parler d'abus, il faut comprendre ce qui est légalement autorisé. Le propriétaire peut retenir une partie du dépôt de garantie uniquement dans trois situations précises :

1. Des dégradations constatées et comparables

Condition indispensable : Les dégradations doivent être notées sur l'état des lieux de sortie ET absentes (ou en meilleur état) sur l'état des lieux d'entrée.

Exemple valable : À l'entrée, le mur du salon était noté "bon état". À la sortie, il est noté "trou dans le placo de 10 cm de diamètre". Le propriétaire peut facturer la réparation.

Exemple invalide : À l'entrée, la moquette était déjà notée "usage normal, quelques traces". À la sortie, elle présente les mêmes traces plus accentuées. C'est de la vétusté normale, pas une dégradation imputable au locataire.

2. Des justificatifs obligatoires pour chaque retenue

Le propriétaire doit vous transmettre des devis ou des factures détaillées pour chaque somme qu'il souhaite prélever. Ces documents doivent préciser :

  • La nature exacte des travaux ou réparations

  • Le détail des matériaux et de la main-d'œuvre

  • Le montant TTC

Point de vigilance : Si le propriétaire réalise lui-même les travaux, il ne peut facturer que les matériaux, pas sa propre main-d'œuvre. S'il fait appel à un professionnel, il doit présenter la facture réelle (pas un forfait inventé).

Un simple mail disant "300€ pour le ménage et 200€ pour repeindre" sans aucun justificatif est juridiquement nul.

3. La régularisation des charges (sous conditions strictes)

Le propriétaire peut retenir jusqu'à 20% du dépôt de garantie pour régulariser les charges locatives, uniquement si cette possibilité était prévue dans le bail et si un décompte annuel des charges n'a pas encore été établi.

Cette retenue est provisoire : une fois le décompte définitif établi, le propriétaire doit vous rembourser le trop-perçu ou vous réclamer un complément avec justificatifs.

Les délais légaux de restitution

C'est le point où les propriétaires sont le plus souvent en tort :

  • 1 mois maximum après la remise des clés si l'état des lieux de sortie est conforme à celui d'entrée (aucune dégradation constatée)

  • 2 mois maximum s'il existe des différences entre les deux états des lieux

Ces délais courent à partir de la restitution effective des clés, pas de la date théorique de fin de bail. Tout retard au-delà de ces délais entraîne automatiquement des pénalités, même si le propriétaire a de "bonnes raisons" (on y reviendra).

Les retenues abusives les plus fréquentes (Les pièges à éviter)

Maintenant que vous connaissez les règles, voici les abus les plus courants qui doivent déclencher votre vigilance :

La confusion entre "Vétusté" et "Dégradation"

C'est le litige n°1, et c'est votre meilleur argument juridique.

La vétusté désigne l'usure normale d'un logement due au temps et à l'usage normal. Un locataire ne peut JAMAIS être tenu de payer la vétusté. C'est au propriétaire d'assumer l'entretien et le renouvellement naturel de son bien.

La dégradation désigne un dommage anormal, causé par négligence, mauvais entretien ou accident imputable au locataire.

Exemples concrets de vétusté (NON facturables au locataire) :

  • Peinture jaunie ou légèrement écaillée après 5 ans d'occupation

  • Moquette usée avec traces de passage après 8 ans

  • Joint de silicone noirci dans la salle de bain après 3 ans

  • Parquet rayé par l'usage quotidien (déplacement de meubles)

  • Papier peint décollé aux angles après plusieurs années

Exemples de véritables dégradations (facturables) :

  • Trou dans un mur ou une porte

  • Carrelage cassé ou fêlé

  • Brûlure de cigarette sur la moquette ou le parquet

  • Vitre brisée

  • Robinetterie arrachée

L'outil juridique : la grille de vétusté

Certains tribunaux et commissions de conciliation utilisent des grilles de vétusté qui fixent la durée de vie théorique des équipements. Par exemple :

  • Peinture murale : 7 à 10 ans

  • Moquette : 8 à 10 ans

  • Revêtement de sol plastique : 7 ans

  • Papier peint : 8 ans

Calcul de la valeur résiduelle : Si vous quittez un logement après 8 ans et que la moquette (durée de vie 10 ans) est simplement usée normalement, sa valeur résiduelle est de (10-8)/10 × prix neuf = 20% du prix neuf. Le propriétaire ne peut pas vous facturer 100% du remplacement.

En pratique : Si votre propriétaire vous réclame 800€ pour refaire entièrement la peinture d'un appartement que vous avez occupé 5 ans, alors que la peinture était déjà vieille à votre entrée et que vous n'avez fait aucun trou, c'est une retenue abusive caractérisée.

L'absence de factures ou devis (Le forfait inventé)

Tout forfait est illégal. Vous voyez régulièrement des propriétaires déduire :

  • "150€ de frais de ménage"

  • "500€ de remise en état diverses"

  • "300€ de réparations"

Sans aucun document justificatif. Ces retenues n'ont aucune valeur juridique.

Le propriétaire doit vous transmettre :

  • Soit une facture d'entreprise (avec nom, SIRET, détail des prestations)

  • Soit un devis détaillé s'il n'a pas encore fait les travaux

  • Soit des factures de matériaux s'il fait lui-même les travaux (mais pas sa main-d'œuvre)

Exception tolérée : Pour de très petites sommes (moins de 50€), certains juges acceptent des tickets de caisse de matériaux avec une explication détaillée. Mais ce n'est pas la règle.

Les réparations non notées sur l'état des lieux de sortie

L'état des lieux de sortie fait foi. Si un élément est noté "bon état" ou "RAS" lors de la sortie, le propriétaire ne peut plus, trois semaines après, vous réclamer de l'argent en prétextant qu'il a découvert un problème.

Cas classique : L'état des lieux indique "murs en bon état", vous rendez les clés, et un mois plus tard le propriétaire vous écrit qu'il a découvert des taches d'humidité et vous réclame 600€. Cette demande est irrecevable.

Conseil pratique : Prenez des photos ou une vidéo lors de l'état des lieux de sortie, horodatées si possible. En cas de contestation ultérieure, vous aurez des preuves visuelles.

Le "ménage" systématiquement facturé

Beaucoup de propriétaires déduisent automatiquement 100 à 200€ de "frais de ménage" sans justification.

La règle : Vous devez rendre le logement propre, mais pas impeccable ni "état neuf". Si l'état des lieux de sortie mentionne "logement propre" ou ne note aucun problème de propreté, le propriétaire ne peut rien retenir.

S'il estime que le logement n'était pas assez propre, il doit :

  1. L'avoir noté sur l'état des lieux de sortie avec des exemples précis ("cuisine encrassée", "sanitaires sales")

  2. Fournir une facture d'entreprise de nettoyage

Un forfait ménage sans facture réelle d'entreprise est abusif.

Le remplacement d'équipements vétustes

Le propriétaire profite parfois du départ du locataire pour rénover le logement à ses frais. Ces travaux d'amélioration ne peuvent jamais être imputés au locataire, même partiellement.

Exemple typique : Vous aviez un vieux chauffe-eau qui fonctionnait. À votre départ, le propriétaire le remplace par un modèle neuf et vous réclame 30% du coût. C'est illégal : le remplacement d'un équipement vétuste mais fonctionnel est à la charge du propriétaire.

Les recours du locataire : Procédure étape par étape

Votre propriétaire a fait une retenue abusive ou ne vous a rien rendu du tout ? Voici la marche à suivre, par ordre d'escalade :

Étape 1 : La demande amiable (Email ou téléphone)

Délai : Dès que vous constatez le problème (généralement à la réception du virement partiel ou à l'expiration du délai légal).

Action : Contactez votre propriétaire par email (gardez une trace écrite) et demandez poliment :

  • Les justificatifs détaillés des sommes retenues (devis, factures)

  • La grille de vétusté appliquée

  • La date de restitution du solde

Ton : Restez courtois mais ferme. Rappelez les délais légaux et le fait que vous connaissez vos droits.

Beaucoup de propriétaires régularisent à ce stade, soit parce qu'ils étaient de bonne foi et pensaient avoir le droit de retenir ces sommes, soit parce qu'ils comprennent que vous n'allez pas lâcher l'affaire.

Délai de réponse raisonnable : 8 à 10 jours.

Étape 2 : La Mise en Demeure (Lettre recommandée avec accusé de réception)

Délai : Si pas de réponse ou réponse insatisfaisante après votre relance amiable.

Action : Envoyez une mise en demeure par lettre recommandée avec accusé de réception (LRAR). C'est un acte juridique officiel qui :

  • Fait courir les délais contentieux

  • Prouve votre bonne foi en cas de procédure judiciaire

  • Déclenche le calcul de la pénalité de 10% par mois de retard (voir section suivante)

Contenu de la lettre :

  • Rappel des faits (date de sortie, montant du dépôt de garantie)

  • Constat de non-respect du délai légal ou de retenue abusive

  • Demande de restitution intégrale sous 8 jours

  • Mention de l'article 22 de la loi du 6 juillet 1989 et de la pénalité de 10%

  • Menace de saisir la Commission de conciliation puis le tribunal

(Voir modèle complet en fin d'article)

Effet psychologique : Une LRAR fait souvent réagir rapidement. Le propriétaire comprend que vous êtes sérieux et que la procédure va lui coûter cher (pénalités, éventuels frais d'avocat s'il perd au tribunal).

Étape 3 : La Commission Départementale de Conciliation (CDC)

Délai : Si la mise en demeure reste sans réponse après 8 à 15 jours.

Qu'est-ce que c'est ? La CDC est une instance gratuite, composée de représentants des bailleurs et des locataires, qui tente de trouver un accord amiable.

Comment la saisir ?

  • Contactez la préfecture de votre département ou la Direction Départementale de la Cohésion Sociale (DDCS)

  • Remplissez un formulaire de saisine (disponible en ligne)

  • Joignez tous vos justificatifs (bail, états des lieux, correspondances, preuves de paiement du dépôt)

Avantages :

  • Gratuit et rapide (réponse sous 1 à 2 mois)

  • Fait souvent plier les propriétaires de mauvaise foi

  • L'avis rendu, même non contraignant, est un élément de preuve solide si vous allez au tribunal

Inconvénient : L'avis de la CDC n'est pas obligatoire. Si le propriétaire refuse de s'y conformer, il faut passer à l'étape suivante.

Étape 4 : Le Juge des Contentieux de la Protection (Ex-Tribunal d'Instance)

Délai : Si échec de la conciliation ou refus du propriétaire de respecter l'avis de la CDC.

Procédure :

  • Pour les litiges inférieurs à 5 000€ (c'est quasiment toujours le cas pour un dépôt de garantie), vous n'avez pas besoin d'avocat

  • Vous pouvez saisir le tribunal par déclaration au greffe (formulaire Cerfa disponible)

  • La juridiction compétente est celle du lieu où se situe le logement

Dossier à constituer :

  • Copie du bail

  • États des lieux d'entrée et de sortie

  • Preuve du paiement du dépôt de garantie

  • Correspondances avec le propriétaire (emails, LRAR)

  • Photos éventuelles

  • Avis de la CDC si vous l'avez saisi

Coût : La procédure elle-même est gratuite. Vous pouvez néanmoins vous faire assister d'un avocat si vous le souhaitez (frais à votre charge, sauf si vous gagnez et que le juge condamne le propriétaire aux dépens).

Délais : Comptez 6 à 12 mois entre la saisine et le jugement, selon l'encombrement du tribunal.

Issue favorable : Les juges sont généralement sévères avec les propriétaires qui ne respectent pas les règles de restitution. Si votre dossier est solide, vous obtiendrez :

  • La restitution intégrale du dépôt de garantie (ou la partie contestée)

  • Les pénalités de retard de 10% par mois

  • Éventuellement les frais de procédure

L'arme fatale du locataire : La pénalité de retard de 10%

C'est l'argument qui fait plier la plupart des propriétaires récalcitrants.

Le cadre légal : Article 22 de la loi du 6 juillet 1989

Si le propriétaire ne restitue pas le dépôt de garantie dans les délais légaux (1 ou 2 mois selon les cas) sans motif légitime, il doit vous verser une pénalité égale à 10% du loyer hors charges par mois de retard.

Attention : Ces 10% portent sur le loyer mensuel, pas sur le dépôt de garantie.

Calcul pratique de la pénalité

Exemple chiffré :

  • Loyer hors charges : 800€

  • Dépôt de garantie : 800€ (1 mois de loyer)

  • Date de remise des clés : 1er janvier

  • Délai légal : 1 mois (état des lieux conforme)

  • Date limite de restitution : 1er février

Le propriétaire vous rend finalement 600€ le 15 avril (après votre mise en demeure), soit 2,5 mois de retard.

Calcul de la pénalité :

  • 10% de 800€ = 80€ par mois de retard

  • 2,5 mois × 80€ = 200€

Total dû par le propriétaire : 200€ (retenue abusive) + 200€ (pénalité) = 400€ en plus des 600€ déjà versés.

Les conditions d'application

La pénalité s'applique automatiquement dès que :

  1. Le délai légal est dépassé (1 ou 2 mois)

  2. Le propriétaire n'a aucun motif légitime de retard

Motifs légitimes reconnus (rares) :

  • Impossibilité matérielle d'établir le montant des charges (pour la retenue de 20% maximum)

  • Contestation sérieuse et documentée des dégradations nécessitant une expertise

Motifs NON légitimes (= pénalité due) :

  • "Je n'ai pas eu le temps"

  • "J'attends d'avoir trouvé un nouveau locataire"

  • "Je dois faire des devis"

  • "J'étais en vacances"

Comment réclamer cette pénalité ?

Dans votre mise en demeure, mentionnez explicitement :

"Conformément à l'article 22 de la loi du 6 juillet 1989, le dépassement du délai légal entraîne une majoration du dépôt de garantie de 10% du loyer mensuel hors charges par mois de retard, soit 80€ par mois. À ce jour, vous me devez donc X€ de pénalités."

Effet dissuasif : En faisant ce calcul dans votre courrier, le propriétaire réalise que plus il tarde, plus ça lui coûte. C'est souvent le déclic qui provoque un virement immédiat.

La pénalité continue de courir

Point crucial : Tant que le propriétaire n'a pas régularisé intégralement, la pénalité continue de s'accumuler, mois après mois.

Si vous saisissez le tribunal 6 mois après la date limite, vous pouvez réclamer 6 mois de pénalités. Le juge les accordera systématiquement si le retard est avéré et injustifié.

Plafond : Il n'existe pas de plafond légal, mais les tribunaux plafonnent parfois la pénalité au montant du dépôt de garantie lui-même (par équité). Dans notre exemple avec 800€ de loyer, après 10 mois de retard, la pénalité atteindrait théoriquement 800€.

Modèle de lettre de mise en demeure (Restitution du dépôt de garantie)

Voici un modèle à adapter à votre situation :

[Vos Nom, Prénom]
[Votre adresse actuelle]
[Téléphone]
[Email]

À Monsieur/Madame [Nom du propriétaire]
[Adresse du propriétaire]

Objet : Mise en demeure de restitution du dépôt de garantie
Lettre recommandée avec accusé de réception

[Ville], le [Date]

Monsieur/Madame,

Par la présente, je vous mets formellement en demeure de me restituer la totalité du dépôt de garantie versé lors de la signature du bail portant sur le logement sis [adresse du logement loué].

Rappel des faits :

  • Date de signature du bail : [date]

  • Montant du dépôt de garantie versé : [montant]€

  • Date de remise des clés : [date]

  • État des lieux de sortie réalisé le [date] : conforme à l'état des lieux d'entrée [ou : ne faisant état d'aucune dégradation imputable au locataire]

Constat :

Conformément à l'article 22 de la loi n°89-462 du 6 juillet 1989, vous aviez l'obligation de me restituer ce dépôt de garantie dans un délai maximum de [1 mois / 2 mois] suivant la remise des clés, soit au plus tard le [date limite].

À ce jour, soit [X] mois après cette échéance, vous ne m'avez toujours pas restitué cette somme [ou : vous ne m'avez restitué que [montant]€, retenant abusivement [montant]€ sans justificatif légal].

[Si retenue partielle, ajouter :]
Les retenues que vous avez opérées pour [motif invoqué par le propriétaire] sont abusives pour les raisons suivantes :

  • [Argument 1 : vétusté normale, absence de facture, non-conformité avec l'état des lieux, etc.]

  • [Argument 2]

Demande :

En conséquence, je vous mets en demeure de me verser, sous un délai de 8 jours à compter de la réception de la présente :

  1. La somme de [montant]€ correspondant au dépôt de garantie [ou : au solde du dépôt de garantie]

  2. La majoration prévue à l'article 22 de la loi du 6 juillet 1989, soit 10% du loyer mensuel hors charges ([montant]€) par mois de retard, représentant à ce jour [X mois × montant] = [total]€

Soit un total de [montant total]€.

Recours :

À défaut de régularisation dans ce délai, je me verrai contraint(e) de :

  • Saisir la Commission Départementale de Conciliation

  • Engager une procédure devant le Juge des Contentieux de la Protection pour obtenir la restitution intégrale du dépôt de garantie, le paiement des pénalités de retard qui continueront à courir, ainsi que les éventuels frais de procédure

Je vous rappelle que les tribunaux appliquent systématiquement ces pénalités légales en cas de retard injustifié.

Je reste néanmoins ouvert(e) à tout règlement amiable et rapide de ce litige.

Dans l'attente de votre virement, je vous prie d'agréer, Monsieur/Madame, l'expression de mes salutations distinguées.

[Signature]

Pièces jointes :

  • Copie du bail

  • Copie des états des lieux d'entrée et de sortie

  • Preuve du versement du dépôt de garantie

  • [Autres documents pertinents]

FAQ : Questions fréquentes sur le dépôt de garantie

Que faire si le propriétaire a disparu ou ne répond plus ?

Si vous ne parvenez plus à joindre le propriétaire, envoyez quand même votre mise en demeure à sa dernière adresse connue (celle figurant sur le bail). Le cachet de La Poste fera foi. Ensuite, saisissez directement le tribunal : le jugement sera rendu par défaut si le propriétaire ne se présente pas.

Le propriétaire peut-il retenir le dépôt de garantie pour des loyers impayés ?

Oui, c'est même l'une des fonctions principales du dépôt de garantie. Si vous devez des loyers ou des charges, le propriétaire peut les déduire. Mais il doit vous fournir un décompte précis et ne peut pas inventer des dettes.

Quelle est la différence entre caution et dépôt de garantie ?

La caution est une personne (garant) qui s'engage à payer à votre place si vous ne payez pas. Le dépôt de garantie est une somme d'argent que vous versez et qui sera restituée en fin de bail. Les deux termes sont souvent confondus dans le langage courant, mais juridiquement ce sont deux choses différentes.

Le propriétaire peut-il augmenter le montant du dépôt de garantie en cours de bail ?

Non, sauf si vous signez un avenant au bail (ce qui nécessite votre accord). Le montant du dépôt de garantie est fixé à la signature et ne peut être modifié unilatéralement.

Puis-je utiliser le dépôt de garantie pour payer le dernier mois de loyer ?

Non, c'est interdit et très risqué. Le dépôt de garantie n'est pas destiné à couvrir le dernier loyer. Si vous ne payez pas votre dernier mois, le propriétaire sera en droit de garder l'intégralité du dépôt et de vous réclamer le loyer impayé en plus.

Combien de temps ai-je pour réclamer mon dépôt de garantie ?

La prescription est de 3 ans à compter de la fin du bail. Passé ce délai, vous ne pouvez plus agir en justice. Ne tardez donc pas à entamer vos démarches.

Le propriétaire peut-il facturer des travaux qu'il réalise lui-même ?

Oui, mais uniquement le coût des matériaux, pas sa main-d'œuvre. Il doit fournir les factures d'achat des matériaux. S'il prétend facturer son propre temps de travail, c'est abusif.

Que se passe-t-il si l'état des lieux de sortie n'a pas été fait ?

Si vous avez proposé un rendez-vous et que le propriétaire ne s'est pas présenté ou a refusé, l'état des lieux de sortie est réputé identique à celui d'entrée. Le propriétaire ne peut alors rien retenir. Envoyez toujours votre proposition de rendez-vous par LRAR pour avoir une preuve.

Conclusion : Ne laissez pas votre argent dans les mains d'un propriétaire abusif

Le dépôt de garantie n'est pas un bonus pour le propriétaire ni une réserve pour financer ses travaux de rénovation. C'est votre argent, et la loi vous donne des outils puissants pour le récupérer.

Les trois points à retenir absolument :

  1. La vétusté n'est jamais à votre charge : un logement s'use naturellement, et le propriétaire ne peut pas vous faire payer le temps qui passe.

  2. Chaque retenue doit être justifiée par une facture ou un devis : un forfait inventé n'a aucune valeur juridique.

  3. La pénalité de 10% par mois est automatique et souvent plus élevée que le montant contesté : c'est votre meilleure arme de négociation.

La procédure peut sembler intimidante, mais elle est à votre portée : une simple mise en demeure bien rédigée suffit dans 70% des cas à débloquer la situation. Si cela ne suffit pas, la Commission de Conciliation et le tribunal sont des recours accessibles et efficaces.

Ne vous laissez pas impressionner par un propriétaire qui invoque des réparations fantaisistes ou qui menace de "faire appel à son avocat". Les faits et les textes de loi sont de votre côté. Des milliers de locataires récupèrent chaque année leur dépôt de garantie grâce à ces procédures.

Agissez rapidement, gardez toutes les preuves, et n'hésitez pas à faire valoir vos droits. Votre dépôt de garantie vous appartient.

Table des matières :

Guillaume Reynouard

Avocat au barreau de Strasbourg

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